Palais Galliera : qui se cache derrière les robes de la comtesse Greffulhe?

La Mode retrouvée

Portrait de la comtesse Greffulhe en cape doublée d’agneau de Mongolie : « Ce qui crée le prestige c’est le mystère ».

Depuis milieu du XIXe jusqu’au milieu du XXe siècle, elle a traversé près de 100 ans de l’histoire de France et a profondément marqué son époque. Cependant, à l’exception des fans de Proust qui la connaissent pour avoir été le modèle de la duchesse de Guermantes, l’un des principaux personnages de La Recherche, personne aujourd’hui ne sait qui était la comtesse de Greffulhe. Elisabeth de Riquet de Caraman-Chimay (son nom de jeune fille, qu’elle tient d’une dynastie de seigneurs remontant au XIe siècle) n’était pourtant pas n’importe qui. Gabriel Fauré lui a dédié sa Pavane, Gustave Moreau fréquentait son salon, et Proust lui a réclamé pendant des années l’une des photos que Paul Nadar avait prise d’elle. C’est dire.

Le Musée de la Mode de la ville de Paris, à travers son exposition « La Mode retrouvée », se propose de réparer cette injustice.
Rien que de très logique, car si la comtesse fascine et entraîne le Tout-Paris dans son sillage, c’est grâce à sa beauté et à son esprit, mais aussi grâce à ses somptueuses et exubérantes tenues. La maison Worth (où officiait Paul Poiret, dont on dit qu’il a créé la haute-couture), Fortuny, Jeanne Lanvin… Elle s’habille chez les plus grands couturiers, mais n’accepte d’eux que les créations les plus originales. « La femme qui donne la mode […] s’occupe de la mode pour ne pas la suivre, l’ayant donnée. C’est elle qui décrète les changements et qui tord les étoffes étonnées de leurs nouvelles formes » écrit-elle… La comtesse ne suit pas la mode, elle la lance. Grâce à la « Ligue pour la conquête des petits chapeaux » dont elle est à l’origine, on peut enfin voir ce qui se passe sur scène au théâtre! Et c’est pour la copier que les femmes se mettent à l’époque à s’envelopper de tulle à l’Opéra ou dans les dîners mondains.

Chacune de ses apparitions est décortiquée, chroniquée, commentée. On la jalouse, on l’imite, mais la Comtesse G. est bien plus qu’une socialite du tournant du siècle. Amatrice de musique, peintre douée, c’est une femme d’esprit qui aspire sincèrement à être utile à la société. Certes, elle use de sa beauté et de ses luxueux vêtements – robes du jour et robes du soir, tea-gowns, manteaux, capes, manchons, éventails en plumes d’autruche… – pour provoquer le désir et l’admiration. Mais l’ascendant que son apparence lui procure sur les gens, qui évidemment flatte son ego, est mis au service des causes qui lui sont chères, si bien qu’on peut véritablement parler, ici, de « stratégie du prestige ». C’est ainsi qu’entre autres faits d’armes, elle introduit la musique de Wagner et les ballets russes en France, aide Marie Curie à trouver le financement de l’Institut du radium et permet à Edouard Branly de mener à bout ses recherches sur la radioconduction, la télémécanique et la téléphonie sans fil.

C’est donc sans culpabilité aucune qu’on peut déambuler dans les salles du Palais Galliera et admirer sans s’en lasser les incroyables tenues de la comtesse Greffulhe, qui retracent la mode de la fin du second empire aux années folles : il n’est ici question ni de futilité, ni de vacuité et on est loin du suivisme des hordes de fashionistas qui font la mode d’aujourd’hui. Non, la comtesse nous parle de luxe et de créativité au service d’une vraie personnalité, d’une intelligence. De beaux atours pour une tête bien faite. La mode retrouvée, en somme…

Par Asha Meralli

 

La Mode retrouvée. Les robes trésors de la comtesse Greffulhe
Palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris
10 avec Pierre 1er de Serbie, 75116 Paris

Jusqu’au 20 mars 2016

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