Bien manger à Paris? Au Wepler pardi!

Bistronomie, cafés bobos, bars à cocktails, chaque semaine de nouveaux lieux ouvrent au cœur de la capitale, aiguisant la curiosité et créant le désir chez qui aime les bonnes choses de la vie. Mais s’il y a UN restaurant où je retourne sans jamais me lasser c’est bien au Wepler.

Le Wepler, haut lieu art déco

Alors oui, c’est une institution. Je connais des tas de gens qui n’y sont jamais allés, justement parce que ce mot leur évoque quelque chose de vieux et de pompeux, et qu’ils ont peur, dans ce genre d’endroit, d’être pris pour des touristes. Or au Wepler, c’est tout le contraire. Bon, il y règne peut-être un certain decorum. Mais je ne sais pas très bien comment vous expliquer ça, on a le sentiment que c’est ainsi depuis toujours et, paradoxalement, on s’y sent extrêmement à l’aise, et toujours bienvenu. Les serveurs en tenue 1930 jouent aux serveurs – Sartre serait ravi* – avec une gouaille face à laquelle on ne peut que se dérider. Certains sont là depuis plus de 25 ans, comme le maître d’hôtel y officie depuis 30 ans. Les nouveaux venus sont-ils choisis, eux aussi, pour leur bagout? « Non, mais avec les anciens ils n’ont d’autre choix que de s’adapter à l’esprit de la maison » rigole Michel Bessière. Hommes d’affaire, touristes, montmartrois et autres parisiens, banlieusards, provinciaux, artistes… On s’y mélange en toute simplicité. Ca brasse quoi… D’ailleurs, c’est sans doute la diversité des profils sociologiques des clients du Wepler qui me fascine le plus. Les costards cravates côtoient sans chichis les survets’. Les uns et les autres ont les doigts pleins de jus de crevettes, ça doit être pour ça. Parfois un clin d’œil furtif vole au-dessus des plateaux de fruits de mer, un clin d’œil qui veut dire : « On se régale hein ! ».

Parce que oui, on se régale au Wepler. L’établissement est particulièrement renommé pour ses fruits de mer, comme depuis ses débuts, à la fin du XIXe siècle. Mais à l’époque, en plus d’y faire bombance, on y dansait, on y jouait au billard, on s’y enivrait au bar américain… Un haut lieu de divertissement donc, fréquenté par la bohème parisienne : Toulouse-Lautrec, Modigliani, Utrillo, Braque, Picasso y auraient traîné leurs guêtres, séduits par l’atmosphère quelque peu licencieuse qui y régnait. En 1954 Pathé rachète le Wepler et le coupe en deux : seul le restaurant est conservé et sur l’espace laissé libre se construit le cinéma qui existe encore aujourd’hui, le Pathé Wepler. La déco d’époque est remplacée par les néons et le skaï. Rebelote en 76, quand Charles Bessière, le père de l’actuel propriétaire, rachète à son tour le lieu et l’habille façon 70s. La décoration actuelle, de style art déco, n’a donc en réalité été mise en place qu’il y a une quinzaine d’années, pour rendre hommage à la grande époque du restaurant. Lustres globes, frise géométrique, papier peint jaune d’or aux motifs végétaux, reproduction d’un grand tableau de Tamara Lempicka, flapper sur la porte des waters…Tout y est.

Et demain ? Demain le Wepler tachera de faire face à la concurrence des nouveaux bistrots et des restaurants à burgers en insufflant du dynamisme à sa carte grâce au jeune chef de 29 ans qui vient de rejoindre l’équipe. « On ne touchera pas à l’esprit de la maison, ni à ses fondamentaux, me rassure cependant le maître des lieux, ce serait se tirer une balle dans le pied ». Chic, je vais pouvoir retourner y manger des huîtres encore longtemps !

Le Wepler, 14 Place de Clichy, 75018 Paris. Ouvert tous les jours de 8h à minuit.

Par Asha Meralli.

 * Voir la théorie du garçon de café

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