La Prohibition ou la preuve par l’Histoire qu’ « ils » ne gagneront pas

Prohibition ou pas, on dansait le charleston!

Prohibition? Terreur? Qu’ils aillent au diable nous continuerons à danser le charleston!

On a pleuré. Beaucoup. Et puis on s’est repris et on prévenu qu’on résisterait. On sait que tout ça est très compliqué, on lit et on réfléchit encore pour saisir pourquoi et comment ce qui est arrivé est arrivé. Mais ce qu’on a déjà compris, c’est qu’il y a des gens qui n’aiment pas du tout, mais alors pas du tout, qu’on sorte, qu’on trinque, qu’on écoute de la musique, qu’on danse. Et qui essaient de nous en empêcher.

Je vous le dit tout de go : il n’y arriveront pas. Parce qu’on en a décidé ainsi et qu’on résiste, en terrasse et ailleurs : au conservatoire, à l’opéra, sur les planches, en répétition, en représentation ou en boite, dans les salles de cinéma, dans les cours de danse. Mais aussi parce que l’Histoire nous apprend qu’interdire aux gens de prendre du bon temps et de célébrer la vie ça ne fonctionne tout simplement pas.

Prenez par exemple la Prohibition, aux Etats-Unis. Adoptée par un amendement à la Constitution en 1919, elle est sensée lutter contre l’ivrognerie, les injustices sociales, la corruption politique. Même les féministes de l’époque la défendent, persuadées qu’elle règlera les problèmes de violences conjugales. Mais très vite, cet élan progressiste est noyé sous les flots d’un puritanisme qui touche à l’extrémisme et les prohibitionnistes se recrutent de plus en plus dans les milieux fondamentalistes et nationalistes.

Et que se passe-t-il ? Les Américains restent-ils sagement à travailler, à prier et à faire pénitence ? Bien sûr que non. Les brasseries et distilleries clandestines se multiplient, les alcools de contrebande, les moonshines sont vendus à prix d’or par les bootleggers. L’ennui c’est qu’ils sont très souvent frelatés, au point de provoquer de terribles drames sanitaires (cécités, paralysies et autres lésions cérébrales, génial…). On se presse dans les bars clandestins que sont les speakeasies mais aussi dans les clubs souterrains, où les roaring 20s battent leur plein.

Quelles images garde-t-on de la Prohibition ? Celle d’une police et d’une justice gangrenées par la corruption, dont les représentants apparaissent aux yeux des Américains comme des parangons d’hypocrisie : tout le monde sait par exemple que le maire de New York fréquente le 21 Club de la 52e avenue, auquel on accède par un passage souterrain. Un image de violence aussi, celle de la mafia, qui doit son âge d’or à cette même Prohibition. Et l’image de la fête, enfin, des flappers déchaînées sur les pistes de danse, des clubs de jazz enfumés… Autant dire la décadence la plus totale aux yeux des Pères la Morale de l’époque… Ils ont dû se sentir couillons quand même, les pauvres.

Résultat ? Abolition de la Prohibition en 1933. Echec, vous avez dit échec ? Il faudrait expliquer ça à nos Pères la Morale à Kalash d’aujourd’hui. S’ils comprenaient que leur tentative de faire régner la terreur et l’ordre moral y est voué, à l’échec, on économiserait pas mal de sang et de larmes. Et ils éviteraient aussi de se faire ridiculiser par l’Histoire. Parce que je vous le promets, à la fin ce sont la vie, l’amour, la musique et la danse qui gagnent. Toujours.

Par Asha Meralli

Sources : André KASPI, « PROHIBITION (1919-1933) », Encyclopædia Universalis

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