Joséphine Baker, la plus Française des Américaines

Le plus gros festival de jazz solo de France, le Jazz roots dance Festival se tiendra à Paris du 1er au 3 avril. Vernacular jazz, jazz roots, charleston, les vocables sont nombreux pour désigner ce rythme et ces mouvements qui ont enflammé les Années folles des deux côtés de l’Atlantique. Mais savez-vous qui a importé cette danse en France ?

Si je vous dis ceinture de bananes et « j’ai deux amours » ?  ….   C’est Joséphine Baker évidemment.

Les danseurs connaissent d’elle son charleston endiablé, peut-être moins son engagement pendant la Seconde guerre mondiale, son obstination et sa famille multiculturelle.

Paris, années 1920

Joséphine Baker arrive en France en 1925, elle a 19 ans. Elle n’en repartira plus. Elle apporte dans ses bagages son inimitable style, puisé dans ses racines africaines. Descendante d’esclave, elle n’y réfléchit pas à deux fois lorsque l’occasion se présente de quitter la misère familiale et son Mississipi natal. Elle a alors 14 ans. Figurante, costumière puis doublure au pied levé de la tête d’affiche du spectacle, celle que l’on surnomme Tumpie, s’accroche et montre sa détermination à être sur scène.

Affiche de la Revue nègre

La Revue nègre est le spectacle qui fait connaître les rythmes afro-américains à la France et révèle Joséphine Baker

Ses mimiques, sa gestuelle séduisent. Elle se démarque. Joséphine roule des yeux, agite son frêle corps métisse. Celle qui fera de sa vie un combat contre le racisme, arrive à Paris pour jouer dans « la Revue nègre ». C’est le temps des colonies et de la ségrégation. La Vénus d’ébène devient meneuse de revues. Folies Bergères, Casino de Paris, Théâtre des champs Elysées, Théâtre de Marigny, la ville Lumière l’acclame. Elle ouvre même son propre cabaret « Chez Joséphine ».

L’Américaine concurrence directement une autre star de l’époque : Mistinguett. Celle-ci lui voue d’ailleurs une haine féroce. Elles seront les meilleures ennemies de l’Entre-deux-guerres.

De spectacles parisiens en tournées mondiales, Jo créé le scandale, attire autant qu’elle est rejetée. Décriée comme objet de luxure, vénérée comme objet de fantasmes, Joséphine ne laisse pas indifférent.

Elle est même sacrée reine des colonies lors de l’Exposition universelle de 1931. Elle et son entourage savent tirer profit de cette renommée qui fait accourir le Tout-Paris. Joséphine Baker devient une marque. Toutes les femmes veulent lui ressembler. Cheveux courts, allure de garçonne. C’est la mode des flappers. La star lance même sa marque de brillantine : la Bakerfix.

Mais elle est aussi et surtout une artiste complète. Elle chante, danse, et donne même la réplique à Jean Gabin (Zouzou – 1934).

Le Petit Journal dira d’elle qu’elle « a tellement de cordes à son arc qu’elle pourrait en faire une harpe ». Pourtant, entre les plumes, les fourrures, les bijoux et les soirées mondaines, il manque quelque chose à la star. Quelque chose de moins superficiel que va lui apporter la guerre.

« L’honorable correspondante »

Aux vocables d’espionne ou d’agent de liaison, la danseuse préfère celui « d’honorable correspondante ». Pourtant, à côté de cette trépidante vie, Joséphine est seule et malade. La guerre est une période noire pour sa santé.

Péritonite mal soignée, septicémie, embolie, sa guerre est rythmée par les allers/retours entre les concerts et l’hôpital. Elle y passera 19 mois . Un calvaire pour celle qui ne vit que par et pour la scène. C’est d’ailleurs le spectacle qui lui donne la force de lutter contre la maladie. Jo profite de sa célébrité et de représentations organisées autour du monde (Liban, Egypte, Maroc, Libye…) pour glaner et transmettre informations et documents à la Résistance. Le frisson du danger, certainement, l’honneur et le devoir de servir sa nouvelle patrie, son pays d’adoption, indéniablement.

Contribution à l'effort de guerre et reconnaissance militaire

Contribution à l’effort de guerre et reconnaissance militaire

Malgré sa frêle apparence, Joséphine Baker est une force de la nature. Elle brave plusieurs fois l’avis des médecins pour aller chanter devant les forces alliées. Le conflit fini, elle reçoit les honneurs des mains du Général de Gaulle. Mais il lui manque toujours quelques chose. Une famille.

La tribu Arc-en-ciel

Elle n’a jamais pu avoir d’enfant. Qu’importe ! Avec son nouveau mari, elle décide d’adopter. Et pas qu’un ! Jo adoptera 12 enfants de couleurs, de nationalités, d’origines différentes. C’est la tribu Arc-en-ciel.

Fidèle à elle-même, l’artiste lutte contre le racisme jusque dans son modèle familial. Elle installe tout ce petit monde dans le Château des Milandes. Une propriété périgourdine en ruine dont elle est tombée amoureuse quelques années auparavant.

Joséphine Baker au château des Milandes entourée de ses enfants et de son mari

Joséphine Baker au château des Milandes entourée de ses enfants et de son mari

Dès lors, elle ne travaillera que pour rénover ce château, un gouffre, et subvenir aux besoins de ses enfants. A plus de 50 ans, elle est en faillite, expulsée par les huissiers de sa propriété.

Mais cette femme de tête ne compte pas en rester là. Elle se bat pour son domaine. Et la santé s’en fait ressentir. Malaises cardiaques, occlusions intestinales, encore une fois la diva flirte avec la mort.

A chaque fois elle se remet, poursuit sa carrière et ses luttes.

A 68 ans, elle s’installe à Monaco avec sa tribu, fréquente la princesse Grace. Elle prépare le prestigieux Gala de la Croix-Rouge. Dix heures de répétition par jour, 46 danseurs, rien n’a changé depuis ses vingt ans. Le spectacle est un succès.

Retour à Paris où elle doit jouer à Bobino. Succès encore. Applaudie, acclamée, elle rentre chez elle le cœur léger, prête à recommencer le lendemain. Elle ne se relèvera plus, emportée dans son sommeil après 50 ans de carrière.

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