Hervé Legoff ou la voix des claquettes

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Lorsque j’arrive en plein milieu du cours qu’il donne le mardi soir de 20h30 à 22h rue Montenotte dans le XVIIe , une dizaine d’élèves – la trentaine urbaine – répètent sous a direction D’Hervé. Tout le monde est très concentré, l’air sérieux. Ouh là, je me dis, ça ne rigole pas ici. Et pourtant si, quelques minutes plus tard les rires fusent après une blague bien placée du professeur ès claquettes. J’essaie de me concentrer sur les pas qui s’enchaînent de plus en plus vite, en vain.

 

En fermant les yeux cependant, j’ai la sensation de réussir à ressentir avec plus de facilité ce qui se joue entre les pieds des danseurs et le sol de la salle : il s’agit de musique, tout simplement. Une impression confirmée par les remarques d’Hervé à ses élèves. Son oreille, d’une finesse absolue, entend le moindre « accent » trop marqué, le moindre « silence » manquant. « Je ne corrigerai jamais qui que ce soit sur son style, me confiera-t-il plus tard. Nous avons tous des façons différentes de danser et c’est ce qui fait la beauté de la chose : comme tu marches, tu danses, et personne ne va te demander de changer ça, contrairement à ce qui passe dans d’autres danses plus codifiées. Ce qui compte en claquettes c’est d’être dans les temps, le reste, c’est de la liberté pure. C’est ce que mes 30 années de pratique m’ont appris en tout cas ».

 

C’est aussi à cette expérience qu’Hervé doit le respect que lui accordent ses élèves. A la fin du cours, je retrouve Eric Esquivel : « Hervé est patient, précis, et il a de la bouteille » apprécie le fameux photographe des festivals lindy hop.

 

Cette musique qui claque, Hervé en a fait des danses à plusieurs voix interprétées par sa compagnie amateur pour les soirées Brotherswing. Ses élèvent répètent d’ailleurs un show qui doit être fin prêt pour dans deux mois. Mais chuuut, c’est encore un peu tôt pour en parler…

 

La scène, Hervé connaît. Après une école de comédie musicale (en parallèle avec une école d’ingénieur !), il s’envole pour New York prendre des cours avec Brenda Bufalino , l’une des pionnières de la renaissance des claquettes. Au bout d’un an celle-ci l’embauche pour l’un de ses spectacles au Joyce Theater, qui se poursuit sur une longue tournée à travers le pays. Hervé montre ensuite sa propre compagnie de théâtre/danse, toujours à New York. Retour en France au bout de huit ans, où sa reprise de Quand j’avais cinq ans je m’ai tué d’Howard Buten  est jouée au théâtre Jean Vilar de Suresnes, avec sept acteurs, un pianiste, et Hervé aux claquettes bien sûr. Parce qu’elle est là, la vraie passion d’Hervé : le théâtre, au service duquel le jazz est un instrument : « le texte et le rythme des claquettes qui se répondent, c’est à tomber par terre », soupire-t-il, soudain ailleurs…

 

Ce qui lui plaît dans les cours ? La possibilité de créer un moment de partage, un moment où les gens « ne vont pas regarder cette connerie de télé » mais plutôt danser, ensemble. Un petit miracle dans cette fichue société des écrans dans laquelle nous évoluons tous bon gré mal gré en somme…

Par Asha Meralli

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