Frankie Manning, le Master of swing

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Tout le monde y est allé de son commentaire, de son souvenir personnel ou juste de photos, pour célébrer les 102 ans de la naissance de Frankie M. Entendez évidemment Monsieur Frankie Manning. Sans le doodle Google pour marquer cette date, Le Point, RTL, et tous les autres, ne sauraient même pas qui est Frankie. Cette célébration est l’occasion pour notre blog de transmettre aux nouveaux danseurs un peu d’histoire du swing. Retour sur la vie du plus connu des ambassadeurs du Lindy hop.

Frankie Manning

Un danseur né

Décédé à l’aube de ses 95 ans, Frankie M. a connu la gloire puis l’oubli, et à nouveau le succès à plus de 70 ans. Frankie naît à Jacksonville en Floride en 1914. Il a 3 ans lorsque sa mère et lui s’installent à Harlem (NY).

Il commence à danser dès son plus jeune âge, d’abord à l’Alhambra Ballroom les dimanches après-midi, puis au Rennaissance Ballroom où des après-midi dansants sont prévus pour les ados. Il a moins de 20 ans lorsqu’il gagne ses lettres de noblesse et accède au Savoy. Compétiteur dans l’âme, il s’y fait vite remarquer et intègre le Cat’s Corner (le coin Nord-Est où les meilleurs hoppers se retrouvent).

Celui qu’on a appelé le « Master of swing » s’inspire encore des premiers danseurs de lindy, George « Shorty » Snowden (qui donnera son nom au jazz step « shorty george ») et Leroy « Stretch » Jones.

Pour se démarquer et gagner une des nombreuses compétitions organisées au Savoy, il intègre des air steps, les acros. Une légende est née. Devant 2000 personnes, il prend sa partenaire Frieda Washington et la fait rouler dos à dos avec lui jusqu’à se retrouver face à face. Le « back to back roll » vient de naître.

Démo dans cette vidéo avec Willa Mae Ricker.

Frankie et Frieda gagnent le concours face à leurs principaux concurrents George «Shorty » Snowden et Big Bea. Ses acros lui donneront aussi le surnom de « Musclehead ».

Mais plus que d’intégrer les acrobaties dans le lindy, Frankie y apporte son style. Vous avez déjà entendu vos profs vous dire : « dansez plus dans le sol », « tu es trop en l’air »…. et bien « être dans le sol », ça vient de Frankie. A l’époque, il dansait près du sol, le buste presque parallèle au sol contrairement à ses prédécesseurs plus droits et rigides sur les pistes.

Il a 20 ans lorsque Herbert « Whitey » White le fait rentrer dans sa troupe, les Whitey’s. Il en devient le chorégraphe et bras droit du chef. La même année il gagne la 3ème place de la première édition du désormais célèbre Harvest Moon Ball.

Avec les Whitey’s il connaît la gloire. Il tourne dans pas moins d’une dizaine de films, A Day at the Races (1937) et Hellzapoppin’ (1941) pour ne citer qu’eux, (la liste et les extraits ici). Avec les Whitey’s il part en tournée dans tous les Etats-Unis (auprès d’Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan ou encore Cab Calloway).

En 1943, le magazine Life déclare le Lindy hop danse nationale américaine et en fait sa couverture.

Couverture de Life magazine sur le Lindy en 1943

Couverture de Life magazine sur le Lindy en 1943

Seule la Deuxième Guerre Mondiale mettra un terme à leur succès. Frankie et les autres membres des Whitey’s sont enrôlés dans l’armée. Au sortir de la guerre, en 1947 il crée la troupe des Congaroos dont il s’occupera jusqu’en 1955. Avec cette troupe, il ira en tournée avec Nat King Cole, Tony Bennett ou encore Dizzy Gillepsie. Mais dans les années 1960, le rock n’ roll et le bebop prennent le dessus sur le Lindy. Frankie arrête sa carrière et trouve un travail à la poste.

La renaissance

Années 1980. Le Lindy renaît. Frankie Manning danseur, aussi. C’est une nouvelle gloire pour le « Master of swing ». Invité partout autour du monde pour enseigner et danser. Il popularise le Shim Sham. Les danseurs du monde entier le célèbrent. Chaque 26 mai est une fête. En 1999, pour ses 85 ans il danse avec 85 partenaires au Roseland Ballroom, un lieu dont il avait était exclu quelque 65 ans auparavant parce qu’il était noir. Une revanche sur le passé puisque l’établissement célèbre comme il se doit notre ambassadeur et expose ses chaussures auprès de celles des plus grands danseurs de l’époque.

« Frankie Manning est un des trésors culturels de notre pays et pendant longtemps il n’a pas eu la pleine reconnaissance [qu’il méritait]. » Alice Pifer, Productrice de l’émission diffusée en prime-time sur ABC.

Un Tony Award en 1989 pour la chorégraphie de « Black and Blue » à Broadway, une émission spéciale diffusée sur ABC en prime-time la même année, le National Endowment for the Arts Heritage Fellowship Award en 2000 (l’équivalent de notre médaille des Arts), le Flo-Bert Award for Lifetime Achievement in Tap Artistry (2004) ne sont que quelques uns des honneurs et décorations qu’il a reçus. Mais Frankie disait souvent qu’il n’était pas intéressé par la célébrité et la gloire, qu’il voulait seulement que tout le monde sache à quel point le lindy est une danse joyeuse.

A 80 ans passés, Frankie est consultant, chorégraphe pour un grand nombre de troupes, parmi lesquelles celle de Alvin Ailey, l’American Ballroom Theatre, ou les Ryththm Hot Shots de Suède.

Il décède quelques jours avant l’immense « Frankie Fest » qui lui était consacré pour ses 95 ans. En sa mémoire, tous les fonds recueillis lors de cet événement sont utilisés pour créer une fondation et une bourse d’étude qui portent son nom. Elle est attribuée aux danseurs les plus investis et désireux de s’améliorer, entre autres qualités. Un juste hommage pour celui qui aura fait vivre le swing et le Lindy hop toute sa vie.

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